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Article paru dans
Espace Magazine N°5
de mars/avril 2004
Nous ne présentons sur cette page que les extraits
concernant les interrogations plus directement liées au cosmos,
et en particulier celles qui concernent la recherche spatiale.
L'article entier est cependant aussi disponible ici en
version intégrale,
pour les personnes intéressées par le sujet.
Vous pouvez également acheter ce numéro dans la
boutique
du site Internet de la revue.
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| © ESPACE Magazine |
Hubert Reeves, lors de l'entretien accordé à ESPACE Magazine.
HUBERT REEVES
Écologie
et exploration spatiale
Astrophysicien
apprécié du public pour sa démarche de vulgarisation,
Hubert Reeves attire aussi bien l'attention sur les merveilles de l'univers
que sur les dangers qu'encourt notre planète et donc l'humanité.
[…]
Espace Magazine :
[…] vous évoquez le fait que,
s'il y a de la vie sur d'autres planètes, elle puisse ne pas être si différente
de celle que nous connaissons sur Terre.
Que voulez-vous dire par là ?
Hubert Reeves : Je manque peut-être d'imagination,
après tout ! Mais ce que je veux dire, c'est que tous les êtres vivants
ont des contraintes similaires : prendre de l'énergie, fabriquer des rejets,
se reproduire…
Dès lors, les formes de vies sont à la fois différentes mais aussi très semblables.
Il est difficile d'être catégorique, car la vie est beaucoup plus adaptable qu'on ne le pensait.
On a par exemple trouvé des êtres vivants dans les fosses hydrothermales sous-marines
où la température est de 110°, dans des eaux tellement salines qu'elles s'apparentent
à de la saumure ou installés dans des strates rocheuses à 7 km de profondeur.
Sans parler des bactéries qui résistent à 1.000 fois la dose de radioactivité mortelle pour nous.
[…]
Espace Magazine : Alors que beaucoup voient
en la conquête spatiale un remède aux maux de l'humanité,
vous dites qu'on risque surtout d'exporter nos problèmes…
Hubert Reeves :
Je n'aime pas trop le terme “conquête” ;
je préfère “exploration de l'espace”, c'est plus pacifique et scientifique.
Lors de mes conférences, des gens me disent :
“La solution n'est-elle pas de partir s'installer ailleurs
une fois que la Terre sera polluée ?”
Je réponds que si on ne résout pas nos problèmes ici,
on ne fera que les transporter sur une nouvelle planète.
Il est illusoire de penser qu'en arrivant là-bas,
les gens se distingueront par un comportement différent.
Espace Magazine :
Il est vrai que nous nous sommes posés la question de mettre plutôt
“Le magazine de l'exploration spatiale”.
Mais nous avons choisi “conquête spatiale”, car c'était le terme le plus répandu.
S'il convient aussi de régler nos problèmes sur Terre,
vous parlez également de l'exploration spatiale
comme d'un “moteur économique positif”…
Hubert Reeves : Absolument.
Espace Magazine : Cela veut-il dire
qu'il faut mener de front la résolution des problèmes écologiques et l'exploration spatiale ?
Hubert Reeves : Tout à fait.
Des gens m'objectent souvent qu'au lieu d'envoyer des milliards dans l'espace,
il serait plus utile de donner de l'argent aux pauvres.
Ce n'est pas une bonne attitude.
À la limite, ce qui part dans l'espace, ce n'est qu'un peu de métal.
Où sont les milliards de la NASA ?
Ils sont en salaires.
Par exemple, lorsque Kennedy a lancé le projet lunaire,
il a décidé d'installer une partie du programme dans une des régions
les plus pauvres des États-Unis, l'Alabama, ce qui a relancé l'économie locale.
Il vaut mieux relancer l'économie avec des recherches scientifiques plutôt que distribuer de l'argent.
À ce propos, il y a un proverbe chinois que j'aime beaucoup
et qui dit : “Ne donnez pas des poissons aux pauvres, apprenez-leur à pêcher”.
Financer des projets scientifiques spatiaux n'est pas un gaspillage d'argent,
puisque cela dynamise l'économie.
[…]
Propos recueillis par Olivier Sanguy
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